Si l’hérésie cathare s’est particulièrement développée dans la France du midi, c’est dans le quadrilatère Toulouse-Albi-Carcassonne-Foix qu’elle a le plus pénétré. Le mouvement était déjà actif dans la région aux alentours de l’an mil puisqu’un premier bûcher a lieu à Toulouse en 1022.
Le Lauragais apparaît comme l’« épicentre » de ce phénomène, avec environ 50 % de sa population qui aurait été hérétique à la veille de la croisade (c’est un record, car ailleurs ils restent très minoritaires). Des diacres (dignitaires cathares administrant plusieurs villages) sont présents dans les plus grosses localités et des Maisons cathares dans de nombreux villages. Dans le Lauragais, le catharisme est soutenu par la noblesse rurale et certaines familles se sont rendues célèbres par leur engagement au service de l’Église cathare et pour sa défense. C’est dans ce contexte de forte progression du mouvement qu’a lieu le rassemblement ou synode de Saint-Félix en mai 1167. Près de 600 Parfaits se réunissent. L’assemblée y confirme l’évêque d’Albi et crée trois nouveaux évêchés pour lesquels elle désigne aussi des évêques d’Agen, de Carcassonne et Toulouse. La réponse de la chrétienté s’organise progressivement. Dès 1203, le pape Innocent III envoie deux légats auprès du comte de Toulouse Raymond VI pour lui demander de mener une croisade sur ses terres. Sur place, des moines cisterciens viennent prêcher pour lutter contre l’hérésie, mais leur action reste sans résultat.
Après l’assassinat de son légat en 1208, le pape constatant l’échec du seul usage de la prédication, décrite la croisade contre les Albigeois en 1209. Au delà des motifs purement religieux, la croisade sr double d’intentions politiques et se fait guerre de conquête au bénéfice des chefs croisés, barons venus du nord du royaume. Le chef militaire de la croisade, Simon IV de Monfort, devient ainsi vicomte de Carcassonne après la mort dans sa prison de Raymond-Roger Trancavel en 1209, puis comte de Toulouse à la suite de l’expulsion de Raymond VI en 1215.
Le Lauragais, cœur de l’hérésie cathare, est le champ de bataille privilégié de cette croisade. Animé par le fanatisme religieux le plus violent, la conquête se fait enragée et implacable, avec des massacres, des bûchers et de nombreux actes de cruauté.
Le chef Simon de Montfort est autant réputé pour son génie militaire que pour sa cruauté : dans le Lauragais, il s’implique directement dans les actions menées par ses troupes. Coincé avec une soixantaine de chevaliers lors du siège de Castelnaudary (septembre 1211), il effectue une sortie courageuse et massacre l’armée du comte de Foix qui pillait un convoi de ravitaillement à Saint-Martin-Lalande..
Cette stratégie de terreur n’est pas liée au seul Simon de Montfort, de nombreux autres massacres ayant eu lieu après sa mort. Après la disparition de Simon (1218), son fils Amaury IV perd rapidement la majeure partie des territoires acquis par son père; en 1224 il quitte la région en abandonnant tous ses droits au roi de France. Après l’excommunication de Raymond VII, le roiLo uis VIII en personne descend diriger les opérations dans le Midi (1226) : les villes se soumettent les unes après les autres, son objectif étant d’annexer purement et simplement le Languedoc. Même si le roi meurt avant, c’est bien l’armée royale qui, venue de Carcassonne, assiège Labécède à l’été 1227. Le castrum est pris et mis à sac, un bûcher est dressé mais on ignore le nombre des victimes.
Au terme de 20 ans de conflit, le Midi languedocien et plus précisément le Lauragais sont radicalement transformés sur le plan politique : les familles nobles locales ayant soutenu ou adhéré à la foi cathares sont éliminées, les sénéchaussées de Carcassonne et Beaucaire sont rattachées au domaine du roi de France et le comte Raymond VII de Toulouse se soumet au roi (traité de Paris). Sur le plan religieux, la foi cathare décline lentement à partir du milieu du XIIIieme siècle. D’autant que la fin de la croisade est marquée par l’apparition d’une arme de persuasion et de persécution redoutable : l’Inquisition.
Les bases de cette institution judiciaire qui ne rendait de comptes qu’au pape avaient été posées dès 1199 par Innocent III. Mais c’est en 1233, avec la nomination en France des premiers inquisiteurs parmi les Frères prêcheurs qu’elle assoit son autorité.
Le 28 mai 1242 à Avignonet, une troupe d’une cinquantaine de chevaliers massacre à coups de hache onze membres d’un tribunal ecclésiastique de l’Inquisition pendant leur sommeil. La troupe, menée par Pierre-Roger de Mirepoix chef de la garnison de Montségur.
Cet attentat est l’évènement qui signe la fin Catharisme Occitan.
Pour les occitans, il aurait dû être le signal d’un soulèvement général contre le roi de France mené par Raymond VII allié pour l’occasion au roi d’Angleterre.
Mais le soulèvement escompté n’eut pas lieu : les grands féodaux, duc de Bretagne, comte de Provence et roi d’Aragon, ne répondent pas à l’appel. Pire, le jeune Louis IX, aidé de son frère Alphonse de Poitiers, écrase ses vassaux révoltés,Henri III d’Angleterre et Hugues X de Lusignan. Précédé par le comte de Foix, Raymond VII doit se soumettre au futur Saint Louis. Montségur, assiégé, se rend deux ans plus tard et 220 cathares meurent sur le bûcher (16 mars 1244). Entre récompenses de guerre et mariage, l’ensemble des terres du Lauragais finissent par devenir françaises et le Lauragais entre totalement dans le domaine royal français en 1271 après les décès d’Alphonse de Poitiers et de Jeanne de Toulouse.
Extraits de «L’Epopée Cathare» de Michel Roquebert
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